Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père Bogdan LESKO, curé.

ANNONCES DU 15 AU 23 JUIN 2024

(Historique de l'agenda)

 130. Lc 24, 13-35, III Dimanche de Pâques, A, Réflexion 2023

Sœurs et Frères

Le Christ est ressuscité ! Alléluia !

    Je commence ma réflexion par une confidence – sourire. Vous ne le savez probablement pas, mais votre frère Bogdan aime bien voyager par le train – sourire. Je suis tranquille et j’aime bien discuter avec les personnes sur qui je tombe « par hasard » et que je ne verrai plus (ce qui parfois favorise un climat d’échange sincère et profond). Je me souviens - j’étais encore séminariste - avoir pris le train pour aller chez ma famille en Silésie. Je me suis trouvé face à une belle jeune femme, mais très triste. Jeune mariée, elle m’a confié son chagrin : son mari, un homme bien, restait trop attaché à sa Mère. Je l’ai écoutée, je lui ai dit ce que je pensais de cette situation, puis on s’est quittés et on ne s’est jamais revus. Elle était en route, non seulement au sens strict du déplacement, mais aussi dans son cœur. Quant à moi, j’avais eu la chance d’approcher son désarroi avec mon modeste regard. Je ne sais pas si cela l’a aidée. Mais, au moins, pendant un moment, elle a eu près d’elle quelqu’un qui, peut-être, lui a permis de considérer son désarroi autrement, d’un point de vue différent, alors qu’il tournait en boucle dans son cœur. Et cette histoire tirée de ma propre vie -comme d’autres pourraient l’être de la vie de chacun - a un lien très fort avec l’évangile de ce dimanche. Lequel ? Allons-y, mettons-nous tous ensemble en route !

    Comme vous vous en souvenez, dimanche dernier nous étions avec le Christ parmi ses apôtres réunis ensemble, « portes verrouillées » par crainte des Juifs. Cette fois-ci nous avons à méditer cet évangile propre à Luc, que nous pouvons nommer : « les deux disciples d’Emmaüs ». Ceux-ci veulent s’éloigner de Jérusalem. Ils ont été les témoins de la mort tragique de Jésus de Nazareth. De la mort d’un homme, qui était pour eux « un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple ». Ils ont espéré que le Christ « allait délivrer Israël » ; ce qui signifiait la libération de l’occupation romaine et l’établissement du Royaume de Dieu (voir Lc 2,38 ; 21,28.31). « L’espérance des disciples a été déçue par la condamnation de Jésus par les autorités d’Israël et par la crucifixion. Elle l’est aussi par le fait que, trois jours après la croix, Dieu n’est toujours pas intervenu en faveur du prophète »*.


    Luc nous relate que ces apôtres étaient « tout tristes ». On pourrait dire aussi qu’ils étaient consternés et que leur visage « était sombre ». Ils étaient accablés et ils n’arrivaient pas à comprendre ce qui s’était passé à Jérusalem. Et comme nous pouvons le lire, ils « discutaient entre eux de tout ça, en marchant ». Cela n’était pas un débat entre deux intellectuels. C’était une discussion vive entre deux personnes engagées et touchées dans leur cœur. André Chouraqui, dans sa traduction, nous dira qu’ils « lançaient » les paroles entre eux, en marchant**.
   De ce contexte, on peut tirer l’observation suivante : si les disciples débattent entre eux « en marchant » (le terme grec - peripatuntes), cela ne signifie pas qu’ils avancent dans leur réflexion. Je dirais plutôt qu’ils « tournent en boucle » autour d’une vérité qui leur échappe, chaque fois qu’ils pensent s’en approcher. Et dans cette discussion sans issue, nous voyons le Christ qui s’approche et les éclaire de la lumière des Saintes Écritures (verset 27). Et de leur dialogue animé avec le Christ, surgit dans leur cœur - habité jusque - là par une grand désespoir - une nouvelle vie, une renaissance. À tel point qu’ils insistent pour que le Christ reste avec eux. Ils Le reconnaissent au moment de la bénédiction et du partage du pain. Et cette rencontre avec le Christ ressuscité a tellement changé leur cœur, qu’ils décident de retourner à Jérusalem – le lieu de leur douleur vive et de leur déception profonde. Et ce retour à Jérusalem, ce retournement, prouve qu’ils ont été ressuscités par le Christ. D’autant que, dans la phrase, le verbe « se levèrent » (et retournèrent à Jérusalem), est la traduction du substantif grec « anastantes », qui a le sens de « ressuscités ». Ces deux disciples retrouvent la vie et la joie. Il leur suffisait d’ouvrir leur cœur devant le Christ, et de Le suivre dans ses paroles. Rien de plus.

    Dans notre vie quotidienne, marquée par des déceptions et des doutes, nous avons souvent besoin de quelqu’un qui, par son approche bienveillante, nous permettra de voir plus clairement ce qui se passe, grâce à une perspective nouvelle. Nous avons besoin d’un autre pour nous accompagner vers notre résurrection de telle ou telle situation ; et pour cheminer avec nous vers notre renaissance. Pour nous, c’est le Christ ressuscité qui est toujours prêt à s’approcher, Celui-là qui a déjà franchi la mort. Mais encore, grâce à notre propre expérience du Christ ressuscité, grâce à notre relation avec Lui, nous pouvons apporter une lumière qui montre le chemin à celui qui est « tout triste » et accablé.

    Cet évangile témoigne aussi d’une chose importante. À savoir, qu’en marchant dans la voie de la parole de Dieu, nous trouverons toujours la libération.

Joyeux Dimanche de Pâques – sourire,
Votre frère, Bogdan

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*selon la note de la TOB – Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.
**cf. https://nachouraqui.tripod.com/id55.htm