Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père Bogdan LESKO, curé.

ANNONCES DU 13 au 21 AVRIL 2024

(Historique de l'agenda)

 167. Gn 22, 1-2.9-13.15-18, II Dimanche du temps de Carême, B, Réflexion 2024

Sœurs et Frères

    Pour ce deuxième dimanche du temps du Carême, notre première lecture est un récit très touchant du livre de la Genèse. Une note de la TOB nous révèle d’ailleurs que c’est un épisode très important pour les trois religions monothéistes (le judaïsme, le christianisme et l’islam). En effet, « ce récit célèbre, généralement désigné comme le ‘sacrifice d’Isaac’, comprend implicitement une condamnation des sacrifices humains en Israël, qui furent apparemment pratiqués, dans des situations de crise, jusqu’au VIᵉ s. av. J.C. Le récit met en évidence la foi d’Abraham, qui obéit à Dieu même si ce dernier lui réclame ce qu’il a de plus cher. La ‘ligature’ d’Isaac jouera un grand rôle dans la piété juive ; les Pères de l’Église verront dans le sacrifice d’Isaac une préfiguration du sacrifice de Jésus-Christ. Le Coran fait allusion à ce récit sans nommer le fils qu’Abraham doit sacrifier ; pour la tradition musulmane, c’est Ismaël que Dieu réclame à son père »¹. Pour moi, je dirais que cette narration est un vrai bijou à méditer souvent. Pourquoi ?

    D’une part, dans ce récit, nous sommes témoins de la scène inimaginable du sacrifice d’un être humain – le fils unique de son père. D’autre part, nous sommes impressionnés par la foi d’Abraham. Évidemment les Israélites qui lisaient ce texte, comme nous d’ailleurs, savaient qu’Isaac n’avait pas été tué par son père.
Pourtant cette scène nous impressionne. Et ce n’est pas seulement parce que les Israélites, à la différence des Cananéens, refusaient les sacrifices d’enfants (voir par exemple : Lv 18,21; 20,1-5; Dt 12,31; 18,10). Ce qui nous impressionne, c’est ce père « poussé » au-delà de toute logique. Alors, se pose à nous un dilemme. Comment comprendre Abraham ? Mais aussi, comment comprendre Dieu, qui Lui-même avait fait Alliance avec Abraham et lui avait promis Isaac.



    Ce texte parle évidemment de la foi d’Abraham ; mais de quelle foi s’agit-il ? Si nous examinons de plus près le terme hébreux désignant l’action d’ « offrir en holocauste » (« haʿaleh ») nous constatons qu’il ne s’applique pas seulement aux réalités d’un culte. Ce terme se traduit littéralement par : « Fais-le monter en montée ». Il est avant tout un « terme technique pour le sacrifice de l’holocauste, qui impliquait que toute la victime soit brûlée en l’honneur de la divinité »² ; néanmoins, il peut signifier pour nous qu’avoir la foi, c’est aussi « monter en montée » - malgré tout et quelquefois contre la « logique » du monde qui nous entoure. Pourquoi ? Parce que : « J’ai conclu ma propre alliance avec Dieu ; Dieu qui ne donne pas pour reprendre ensuite ».
La logique de l’Alliance dépasse toujours la logique des calculs. Parce que la confiance est un chemin qui mène plus loin que la logique habituelle. Je dirais qu’elle va au-delà de ce qui est « accessible » à ma raison. Et de cette façon, nous découvrons la bénédiction de Dieu, comme ce fut le cas d’Abraham ; cette bénédiction qui nous donne toujours beaucoup plus que nous n’attendions.

    Pour terminer, je voudrais dire ceci : ce récit, examiné dans sa totalité (le chapitre 22) n’est pas seulement le moyen de réfléchir à ma foi. Il a une dimension très pratique, très vitale, car il nous révèle aussi l’esprit de notre société. Quelqu’un pourrait me dire : « Père Bogdan, la façon dont les hommes ont honoré leurs divinités est vraiment quelque chose d’horrible ». Je pourrais répondre : « Que dire du contexte dans lequel nous vivons ? » Nous vivons dans une société où l’on sacrifie les enfants qui ne sont pas encore nés - même si la science nous prouve que l’avortement a parfois de lourdes conséquences pour la vie d’une femme et pour l’union d’un couple. Tout cela, parce que dans notre société moderne, nous sommes capables de sacrifier la vie d’innocents sur les « autels » du plaisir, de la carrière, du « bien-être » individuel qui passe avant tout, et aussi par manque de véritable engagement des hommes vis-à-vis des femmes.
Notre Dieu est le Dieu de la Vie, comme Abraham l’« a vu » ; et cela, chaque personne qui s’accroche à Lui le «verra », avec les yeux de son cœur et l’abandon total de sa confiance en Lui. Nous lisons que Dieu « mit Abraham à l’épreuve » ; cela ne signifie absolument pas qu’Il l’a abandonné. Il a accompagné Abraham pour que celui-ci puisse aller plus loin dans sa foi.

Bon Dimanche à vous tous, votre frère Bogdan

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¹selon la note de la TOB pour Gn 22,1 - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.
²selon la note de la TOB pour Gn 22,2. Voir aussi la traduction selon d’André Chouraqui, https://nachouraqui.tripod.com/id83.htm