Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père Bogdan LESKO, curé.

ANNONCES DU 20 JUILLET AU 11 AOÛT 2024

(Historique de l'agenda)

 180. Gn 3,9-15, X Dimanche du Temps ordinaire, B, Réflexion 2024

Sœurs et Frères

    Ce dimanche du temps « ordinaire », la première lecture, que nous allons méditer, est tirée du livre de la Genèse (le livre des origines, en grec « génésis), premier livre du Pentateuque qui en compte cinq (traduction littérale : [livre] en cinq tomes] et qui figure en tête de l’Ancien Testament (en hébreux « Torah », c’est à dire « la Loi »). Et dans ce livre « des origines » nous trouvons, entre autres, le récit du « commencement » du monde, de l’humanité et du mal.
    Mais, avant de me concentrer sur le récit du jour, je vais d’abord m’autoriser une parenthèse pour évoquer la complexité du livre de la Genèse. Il est évident que la Genèse n’est pas un livre historique au sens strict du terme. En effet, elle est essentiellement composée à partir de différentes sources et traditions littéraires, comme l’ensemble du Pentateuque d’ailleurs. Cela signifie que ces textes n’ont pas été écrits au cours d’une seule période et par un seul auteur – les auteurs sont d’ailleurs anonymes. Les plus anciennes sources sont approximativement datées des IXe et VIIIe siècles avant J.-C. Quant au texte définitif, celui de la Bible moderne, il se situe seulement au Ve siècle avant J.-C. Une autre donnée importante à prendre en compte, c’est la spécificité du contexte culturel (sémitique) et des langues bibliques, en l’occurrence l’hébreu. Rappelons enfin, pour clore cette digression, que les Saintes Écritures (la Bible) n’ont pas vocation à répondre à la question de savoir comment tout s’est exactement passé, mais elles indiquent clairement qui l’a fait. Autrement dit, il ne s’agit pas de savoir comment le monde et l’homme ont été créés, mais qui les a créés. Et pour nous les chrétiens, cette distinction - qui n’empêche pas l’enquête scientifique - a toujours une importance majeure.



    A présent, je voudrais revenir au récit de notre première lecture. Au verset 15, nous lisons que Dieu dit au serpent : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon ». Que signifient ces mots ? « Pour les uns, ce verset annonce une lutte à mort et sans fin entre la descendance de la femme et celle du serpent. Pour un paysan palestinien, le serpent fait partie des animaux les plus dangereux. Pour les autres, ce verset permet d’entrevoir une issue favorable pour l’homme, puisqu’il vise avant tout le serpent. En effet manger de la poussière est signe de défaite (Mi 7,17) et le verbe, traduit ici par ‘meurtrir’ peut aussi signifier ‘écraser’(Ps 139,11 ; Jb 9,17). Souvent, et surtout en tradition chrétienne, on a interprété ce verset dans une perspective eschatologique en y voyant l’annonce de la victoire du Messie sur le mal »¹. Un tel commentaire nous prouve que l’interprétation de ce seul verset n’est pas simple, et qu’il y a différentes manières de le saisir. Cependant, si nous cherchons bien, nous y trouverons quelque chose pour nous. Ainsi, croyant ou pas, nous pouvons être d’accord sur le fait qu’il nous arrive à tous d’être tentés par le mal, qui parfois se déguise en bien ; qu’il nous arrive de nous laisser influencer par quelqu’un (la publicité et la politique en tirent profit). Autre constat : nous avons bien conscience que, lorsque nous faisons quelque chose de mal, nous avons plutôt tendance à chercher un coupable autour de nous - « La femme que tu m’as donnée.... (...) Le serpent m’a trompé... » (les enfants, quand ils font quelque bêtise, se « débrouillent » très bien dans ce domaine - et pas seulement eux–clin d’œil avec sourire.
    Quant à l’importance majeure de la relation avec Dieu dans notre vie, je dirais que l’intuition de l’auteur du texte est intemporelle, et aujourd’hui encore, source constante de méditation pour nous chrétiens. En effet, ce texte nous montre ce qui peut arriver dans notre vie, dans les choix que faisons, si nous cessons de Lui faire confiance et si nous négligeons notre relation avec Lui. Nous en avons un exemple évident dans la façon dont notre société - carrément déchristianisée - appréhende la valeur de la vie humaine, qu’il s’agisse de la question de l’avortement ou de l’euthanasie. Cette attitude est celle d’un individu qui veut, toujours plus, être à l’origine non seulement des lois, mais aussi de la vie ; cette logique va d’ailleurs jusqu’à prétendre qu’une femme n’a pas besoin d’une relation avec un homme pour devenir Mère.

    Enfin, ce verset, que je vous ai cité plus haut (la malédiction de Dieu au serpent Gn 3,15), nous rappelle, dans notre tradition, le protévangile - le premier Évangile. Autrement dit, nous trouvons déjà dans le premier livre de la Bible, la Bonne nouvelle, la promesse que grâce au « Oui » de Marie, « nouvelle Eve », nous aurons un Messie - Jésus le Christ, Vainqueur du mal. Si nous sommes dans une relation très étroite avec Jésus, Il sera capable de vaincre ce mal qui pourrait toucher nos cœurs – notre cœur, le jardin secret de notre relation intime avec Dieu.

Bon Dimanche à vous tous, votre frère Bogdan

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¹selon la note de la TOB pour Gn 3,15 - Traduction œcuménique de la Bible, édition Cerf 2012.