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Prêtres diocésains, un « mal-être » grandissant, La Croix le 13.10.2022

Crise dans l’Église, surmenage, attentes déçues à l’égard de leurs évêques… beaucoup de prêtres diocésains font état d’un malaise diffus dans La Croix, alors que sort en librairie un ouvrage consacré à ces « prêtres en morceaux ».

Malo Tresca, avec Céline Hoyeau et Arnaud Bevilacqua, le 13/10/2022 à 06:00 Modifié le 13/10/2022 à 08:00
Lecture en 5 min.
Prêtres diocésains, un « mal-être » grandissant
Lassitude, isolement, traversées du désert spirituelles, « burn-out »… Longtemps restés tabous, ces sentiments se disent de plus en plus à voix haute.

La publication, il y a un an, du rapport de la Ciase sur les abus sexuels dans l’Église avait déjà beaucoup fragilisé le moral des troupes, « en renforçant la suspicion contre nous », campe d’emblée un prêtre du centre de la France. Les crises de gouvernance dans des diocèses en vue comme Paris, Strasbourg ou Fréjus-Toulon, mais aussi le suicide très médiatisé d’un prêtre du diocèse de Versailles l’été dernier, ont meurtri un peu plus un clergé déjà éprouvé. En parallèle, la charge de critiques à l’encontre des prêtres véhiculée par le Synode sur la synodalité a été vécue par certains comme une « trahison » alors qu’ils essaient de « faire au mieux ». « Sous couvert de lutte contre le cléricalisme, déplore ce même curé de paroisse, la soixantaine, ce processus de consultation des laïcs a mis en cause, parfois avec violence, notre façon – certes imparfaite – d’exercer nos ministères. » « Nous sommes rodés à prêcher l’espérance, mais il peut être difficile de ne pas céder au découragement ! », résume un prêtre du nord de la France.

Si la grande majorité insiste avant tout sur « les joies profondes » de leur ministère et invite à ne pas noircir le tableau, beaucoup comme ces deux prêtres diocésains font état d’un malaise diffus. Un sentiment qui, longtemps resté tabou, se dit de plus en plus à haute voix. À la « Journée des prêtres » du Congrès Mission, qui a rassemblé 200 d’entre eux fin septembre, le spectacle Monsieur le curé fait sa crise (1) – adapté du best-seller de Jean Mercier sur l’épuisement d’un curé de paroisse qui finit par s’emmurer comme les recluses autrefois – a d’ailleurs fait « un carton », à en croire un participant. Plus récemment, l’appel à témoignages lancé par la chaîne de télévision KTO pour une émission dédiée au sujet le 9 octobre, a suscité de nombreuses réponses. Faisant écho au tout dernier ouvrage de l’évêque émérite de Nanterre, Mgr Gérard Daucourt, consacré à ces Prêtres en morceaux (lire ci-contre).

La vingtaine de témoignages recueillis par La Croix manifeste la complexité des causes de ce mal-être. Lassitude, isolement « mortifère », « traversées du désert » spirituelles, « burn-out »… Revient souvent le constat d’un épuisement pour des prêtres qui doivent parfois assurer la charge d’une quarantaine de clochers, témoignant ainsi de l’essoufflement du modèle paroissial. « Le problème numéro un, c’est d’admettre le réel. On veut maintenir à tout prix le maillage territorial, au lieu de s’interroger sur ce qu’est un prêtre. Il faut arrêter de vouloir quadriller et gouverner. Mais dire que nous ne pouvons plus, et réfléchir à mieux », martèle le père Vincent Di Lizia, prêtre itinérant du diocèse de Reims.

En 2020, une enquête de grande ampleur sur la santé des prêtres, menée à la demande de la Conférence des évêques de France (CEF) auprès de près de 6 000 d’entre eux âgés de moins de 75 ans, relevait la surcharge de travail « permanente » d’un prêtre sur cinq, et « occasionnelle » d’un sur deux. Les sondés indiquaient par ailleurs travailler, en moyenne, cinquante-huit heures par semaine. Devant ces chiffres, le père François Buet, médecin et prêtre de l’Institut Notre-Dame de Vie (3), rappelle des préconisations simples : nécessité d’avoir une bonne hygiène de vie, de prendre du temps pour soi, un jour de repos sabbatique, de décrocher au moins trois semaines l’été…

« Il peut y avoir, sinon, une cause plus profonde à cet épuisement. C’est ce que j’appelle la “sur-implication émotive”, avec l’exercice d’un ministère dans un registre très affectif, sans parvenir à trouver une juste distance dans les relations », poursuit-il. En corollaire, beaucoup pointent une difficulté latente à « oser dire non ». « En France, ce malaise est caché, spiritualisé car on dit dans l’Évangile que nous sommes faits pour nous donner… Oui, mais Jésus a dit de se donner, pas de se casser en quatre ! », écarte le père Di Lizia.

La sécularisation a amplifié en France une « crise de l’identité sacerdotale ». « Le malaise des prêtres est lié à ce temps d’entre-deux d’une Église qui aimerait se penser encore comme influente dans la société. Au fond, quelle que soit la sensibilité – “tradi” ou progressiste –, chacun éprouve la difficulté de faire le deuil de ce passé », décrypte le père Jean-Baptiste Bienvenu, 35 ans, prêtre de la communauté de l’Emmanuel, à la paroisse de la Trinité à Paris. « Par endroits, la curie diocésaine, l’administration pèsent énormément sur les prêtres, poursuit-il. C’est le symptôme d’une institution qui dans son organisation mange ses propres enfants plutôt que de renoncer à certaines choses. »

À l’heure du déchaînement d’une parole violente à tous niveaux, ces curés – autrefois si reconnus socialement et respectés – peuvent se heurter à des invectives violentes, parfois au sein de leurs propres communautés paroissiales. « De plus en plus, nous nous retrouvons otages des luttes entre les différentes sensibilités catholiques. Quoi que nous fassions, cela peut prêter à des procès d’intention, à des attaques d’un côté ou de l’autre… », renchérit un autre.

« Ma génération se sent dévalorisée par de jeunes prêtres ou séminaristes qui font peser sur nos épaules les échecs de l’Église ces dernières décennies. Cela peut alimenter de la culpabilité, un sentiment d’inutilité existentielle… », déplore, amer, un curé. À l’inverse, des prêtres plus jeunes aspirent à être davantage encouragés par leurs aînés. « Les évêques doivent être capables de bénir la manière dont nous, jeunes prêtres, relevons les défis plutôt que pointer seulement les risques, sinon, nous qui avons soif de fécondité – c’est normal entre 30 et 50 ans ! –, nous serons tentés de nous passer d’eux, et c’est là que cela devient dangereux », met en garde le père Bienvenu. Cela vaut aussi pour le pape François dont certains prêtres, agacés, ont l’impression qu’il passe son temps à les déprécier et ne les aime pas. Intervenant au Congrès Mission, le cardinal Jean-Marc Aveline confiait d’ailleurs aux prêtres présents avoir glissé au pape cette attente d’être davantage soutenus. « J’en ai vu certains complètement regonflés d’entendre, enfin, des paroles positives », souligne Arnaud Bouthéon, cofondateur de l’événement.

Autre nœud du « malaise » exprimé par certains prêtres diocésains – loin toutefois d’être majoritaires : des difficultés relationnelles avec leur évêque, aggravées par une spiritualisation du lien entre celui que le Concile appelle à être le « père, le frère, l’ami » de ses prêtres.

« La relation ”fraternité-paternité” n’est pas simple à cerner », estime l’un d’eux, « pour moi, elle doit avant tout éviter l’infantilisation, et s’inscrire dans un dialogue de vérité, honnête… ». Et ce, en particulier lorsqu’un prêtre a le sentiment d’être nommé dans une mission qui ne tient pas compte de son charisme particulier, ou de ses aspirations profondes. « Je comprends qu’un évêque puisse ne pas avoir d’autre solution que de me nommer pour boucher un trou, mais alors qu’il me le dise simplement. “On avait pensé à toi pour autre chose, mais ce n’est pas possible cette fois-ci, est-ce que tu peux prendre telle mission pour tant d’années ?” Présenté ainsi, assumé comme tel, ça change tout », illustre le père Bienvenu. Les choses sont toutefois en train de changer dans des diocèses – Amiens, Versailles… – où, lorsque l’évêque procède à ses nominations, il se refuse à considérer en premier les lieux à pourvoir en curés, pour partir d’abord de ses prêtres et de leurs demandes.

Le malaise des prêtres peut aussi s’enraciner dans des attentes – excessives parfois – d’une proximité ou d’une paternité plus grande des évêques. Or beaucoup de ces derniers, ployant eux-mêmes sous de nombreuses charges – ils cumulent les fonctions de supérieur, de père, de DRH… – et souvent issus d’une génération à l’affectivité plus verrouillée, ont du mal à trouver les mots pour valoriser leurs prêtres. « Il me paraît très important non seulement d’envoyer des signes de reconnaissance, mais aussi d’être capables de remercier simplement pour le travail effectué. C’est saint Paul qui nous invite à “repérer ce qui est bon” », souligne Mgr Benoît Bertrand (3), évêque de Mende (Lozère), qui avait piloté le groupe de travail ayant conduit au rapport sur la santé des prêtres.

Là encore, des pistes sont à l’étude pour améliorer l’accompagnement des prêtres : mise en place « d’instances de médiation », « d’entretiens annuels “RH” calqués sur le modèle de l’entreprise, réflexion sur l’absence d’une médecine du travail ». « Les diocèses prennent conscience du besoin de développer un dispositif clair d’accompagnement, de relecture régulière et de supervision du parcours des prêtres pour reconnaître ce qui est bon et ce qui est plus difficile », ajoute Bérénice Gerbeaux, coach et directrice du programme « Paroisses et diocèses » du réseau d’accompagnement Talenthéo. « Cela doit passer par des retours appréciatifs, insiste-t-elle encore. Ils font aussi des choses très belles. »