Regroupe trois villages: GIGEAN, POUSSAN et MONTBAZIN
Père Bogdan LESKO, curé.

ANNONCES DU 13 au 21 AVRIL 2024

(Historique de l'agenda)

Restaurer les églises, mais pour quoi ? Isabelle de Gaulmyn, La Croix le 07.06.2023
chronique


Isabelle de Gaulmyn
Rédactrice en chef
Emmanuel Macron a annoncé au Mont-Saint-Michel, lundi 5 juin, plus d’aides aux communes pour restaurer les églises. Mais comment justifier de telles aides alors que ces églises sont fermées et de moins en moins utilisée pour le culte ?

L'Hebdo Logo
Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef à La Croix , le 07/06/2023 à 17:41 Modifié le 08/06/2023 à 10:59
réservé aux abonnés

Lecture en 2 min.
Restaurer les églises, mais pour quoi ?
Isabelle de Gaulmyn.
BRUNO LEVY
COMMENTER
PARTAGER À VOTRE ENTOURAGE
PARTAGER SUR FACEBOOK
PARTAGER SUR TWITTER
LECTURE FACILE CLASSER L’ARTICLE
IMPRIMER
RÉAGIR
PARTAGER
TWITTER
Sur le rocher du Mont-Saint-Michel, pour la célébration du millénaire de l’abbatiale, Emmanuel Macron, lundi dernier, l’a promis. L’État va aider les communes à financer l’entretien et la restauration de leurs églises. Comme engagement, le chef de l’État souhaite lancer une nouvelle campagne de protection : aujourd’hui, pour les 50 000 édifices religieux affectés au culte (dont 42 000 catholiques), seuls 10 500 sont classés ou inscrits au titre des monuments historiques, ce qui leur donne un accès plus large à des subventions. Il a aussi expliqué vouloir recourir à nouveau à l’outil de la souscription nationale, comme ce fut le cas pour Notre-Dame de Paris.

Un geste nécessaire et populaire
Fort bien. Les communes, propriétaires depuis 1905 des lieux de culte construits avant cette date, en grande majorité des églises catholiques, peinent à financer la restauration et l’entretien de leurs clochers. C’est donc un geste nécessaire. C’est aussi un geste populaire : les Français, tous les sondages et enquêtes le montrent, sont extrêmement attachés à leurs églises. Dès que l’une d’elles est vendue, transformée en hôtel, salle de gymnastique ou autre, tout le quartier crie au scandale… Certes, mais avec moins de 3 % de la population qui pratique le ­dimanche, à quoi vont servir ces restaurations ? À conserver un patrimoine fermé ?

À lire aussi - Patrimoine religieux : l’Élysée annonce une souscription et des mesures de protection
Chacun sait la difficulté, dans un certain nombre de villages, à se procurer la clé sésame qui permet d’entrer et d’admirer tel retable, tel tableau, caché au fond d’un lieu presque jamais utilisé. Combien de temps les Français accepteront-ils de payer (car l’État, c’est nous) pour des bâtiments devenus des sortes de fantômes du passé ?

La question est délicate. D’un côté, nos concitoyens tiennent à leurs églises. De l’autre, l’utilisation cultuelle, elle, est hyperminoritaire. L’Église catholique, affectataire, a un droit de regard sur son usage. Elle peut donc accepter ou ­refuser une manifestation autre, souvent un concert. La difficulté aujourd’hui, c’est qu’à chaque clocher son curé, et donc autant de réponses différentes aux demandes.

À lire aussi - Églises vides : des chrétiens cherchent des solutions pour faire vivre leur patrimoine
C’est sans aucun doute de l’intérêt de l’institution catholique de permettre des « usages partagés » des églises, ou, comme le disent les évêques, dans une conception plus restreinte, des « usages compatibles ». On peut abriter une messe une fois par mois et accueillir des concerts, du théâtre, être, pourquoi pas, un lieu de mémoire, un lieu éducatif (formation au patrimoine, à l’histoire), un espace de création artistique ou encore caritatif, avec une épicerie solidaire, ou un abri de jour pour des personnes dans la rue.

Diminution du nombre de prêtres
Il y a mille manières d’imaginer ces autres fonctions, avec un peu de bonne volonté. Encore faut-il que l’institution catholique renonce à cette conception paroissiale de son organisation, qui date de plus de huit-cents ans : depuis la réforme grégorienne, l’église-paroisse est considérée comme un lieu sacramentel, sous l’autorité du curé. Bref, hors du prêtre, point d’église… Ce n’est plus possible, déjà du simple fait de la diminution du nombre de prêtres, et de l’impossibilité physique de ces derniers de « tenir » toutes ces églises. Lorsqu’un prêtre dit « ma » paroisse et qu’il doit gérer 48 clochers, c’est tout de même compliqué ! Il faut admettre que toute la communauté est concernée par l’utilisation que l’on fait de ce ­bâtiment.

À lire aussiPrêtres diocésains, un « mal-être » grandissant
Si la mairie restaure l’église, il est normal de voir comment elle peut rendre un service à la société. Une chose est sûre et devrait rassurer les évêques, craintifs sur ce sujet : le seul moyen pour que ces bâtiments continuent à être au service du bien commun et ne soient pas privatisés, c’est que l’Église reste l’affectataire. Rare sont donc ceux qui veulent la déloger. Autant s’en réjouir…