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(Historique de l'agenda)

Les Pretres 2023. Les articles du Figaro, avril 2023

 

Editorial Figaro lundi 10.04.23 Etienne de Montety
Signe de contradiction

Aux yeux de nos contemporains, qu’est-ce qu’un prêtre en 2023 ? L’homme d’une institution qui, si elle connaît son cap, cherche sa route et sa façon d’être dans la société moderne, à la fois morcelée et ultra-connectée, de ce début de millénaire. Un homme dont la vie ne laisse pas de les étonner, surtout s’il est jeune. Le prêtre est célibataire et vit modestement dans une époque qui a déifié la sexualité et laissé l’argent régner en maître. C’est en apparence un serviteur de l’inutile, dans une société qui idolâtre la réussite et l’efficacité. Bien sûr, les hommes et les femmes de notre temps prônent des « valeurs », une morale émerge, mais lui est porteur d’un autre feu, plus ardent. Il ne prêche pas le bonheur pour ici-bas, encore moins le bien-être à la manière d’un influenceur installé à Dubaï. La Bonne Nouvelle qu’il est chargé d’annoncer n’est guère « instagrammable » : elle parle de la mort, cette réalité que nos contemporains détestent parce qu’elle les renvoie à leur finitude, elle a le visage d’un homme en sang, crucifié au poteau de l’infamie, dont il annonce à Pâques la résurrection, celle du Fils de Dieu. Quel est le quotidien du prêtre d’aujourd’hui ? Un seul-en-scène à succès, actuellement à l’affiche, Monsieur le curé fait sa crise, pointe avec humour, mais réalisme, les tiraillements qu’il subit, pris entre des paroissiens obnubilés par leurs marottes pastorales, liturgiques ou architecturales et un évêque trop prudent, quand il n’est pas trop distant. Marginalisé à l’extérieur, bousculé à l’intérieur… Mais, alors, qu’est-ce qui le fait tenir, qu’est-ce qui le fait vivre ? Un miracle. Un miracle qui émerveillait le curé de campagne de Bernanos, celui de mains « qui peuvent faire présent de ce qu’elles ne possèdent pas ». Même imparfait, raillé, découragé, il suffit qu’un prêtre bénisse, qu’il élève l’hostie, qu’il donne l’absolution ou, plus simplement encore, qu’il apporte au premier venu une parole d’espérance dans un monde qui en a fait le deuil pour que lui, qui est devenu un signe de contradiction dans notre temps, se trouve d’un coup justifié.

Le Figaro - lundi 10 avril 2023-
Comment les jeunes prêtres font face aux difficultés de l’Église


Avec la baisse des vocations, leur charge de travail s’alourdit toujours plus et ils souffrent parfois d’un manque de soutien. Malgré tout, leur zèle reste intact.
Jean-Marie Guénois

IL S’EST passé à Paris un événement de faible impact médiatique mais de haute intensité spirituelle : le décès d’un jeune prêtre. Le 14 mars dernier, l’abbé Cyril Gordien mourait d’un cancer fulgurant. Il avait 48 ans. Il était curé de l’église Saint-Dominique, dans le 14e arrondissement. À ses obsèques, dans l’église Saint-Pierre de Montrouge, dont le haut clocher de pierres blanches marque l’entrée de Paris après la porte d’Orléans, étaient présents 6 évêques, 250 prêtres et près de 2 000 fidèles. Sans parler des témoignages venus de toute la France puisque ce prêtre avait été aumônier national du mouvement des Scouts d’Europe. Cette messe d’adieu a, selon les témoins, marqué par sa densité ceux qui étaient présents. Plus large encore, son « testament spirituel », texte d’une quarantaine de pages écrit par cette âme de feu et intitulé « Prêtre au cœur de la souffrance », continue de rayonner sur internet et ne laisse personne indifférent. Il dénonce sans ambages « des prêtres et même parfois des évêques qui ne cherchent pas le bien et le salut des âmes, mais qui désirent d’abord la réalisation de leurs propres intérêts, comme la réussite d’une “pseudo-carrière” ». Et énumère : « Ils sont prêts à tout : céder à la pensée dominante, pactiser avec certains lobbies, comme les LGBT, renoncer à la doctrine de la vraie foi pour s’adapter à l’air du temps, mentir pour parvenir à leurs fins. » Le père Gordien confesse alors : « J’ai souffert par l’Église. Dans les différentes crises que j’ai traversées, je me suis rendu compte que les autorités ne prenaient pas soin des prêtres et les défendaient rarement. » Amer, il constate : « Comme prêtre, pasteur et guide de brebis qui vous sont confiées, si vous décidez de soigner la liturgie pour honorer notre Seigneur et lui rendre un culte véritable, il est peu probable que vous soyez soutenu en haut lieu face aux laïcs qui se plaignent ».
« Entièrement livré à son ministère »
La charge est lourde. Ses propos ont ravi les uns et mis en colère les autres. Il n’est pas étonnant que ce « testament spirituel », dans lequel il dit également, à longueur de pages, sa joie d’être prêtre, mais sans éluder ses détresses, ait été très vite retiré du site de la Conférence des évêques, où il avait été publié par erreur… Cyril Gordien n’était pourtant pas un prêtre traditionaliste. Il célébrait la messe selon le rituel adopté par le concile Vatican II. Il avait, par exemple, institué une « adoration permanente de l’eucharistie » dans sa paroisse, ce qui avait provoqué l’ire d’un groupe de paroissiens qui ne cessèrent de le dénoncer, dans son dos, à l’archevêché. Un des amis proches du père Gordien, le père Luc de Bellescize, curé à Paris, a rédigé une lettre ouverte dans laquelle il écrit que son confrère était « excessif », qu’il ne prenait « jamais de repos » parce qu’il était « entièrement livré à son ministère ». Il confirme aussi l’existence de « lettres de délation anonymes » reçues contre les prêtres à l’évêché où il a travaillé. « Un désaccord liturgique ou doctrinal, un souci de gouvernement ne constituent pas un crime », souligne le père Luc de Bellescize, avant de conclure : « Ces mots d’un prêtre au cœur de la souffrance doivent être pris au sérieux et invitent l’Église à examiner la manière dont elle prend soin de ses prêtres », car « la manière dont il a été traité parfois serait inadmissible dans une entreprise. » Un malaise chez les prêtres ? Il y a quelque chose de ce genre dans l’Église de France. Beaucoup de ces hommes, qui ont donné toute leur vie à Dieu, sont troublés. Et ils n’ont pas toujours un évêque à l’oreille attentive. Un prêtre résume : « Il peut y avoir un gros malaise avec l’évêque : est-il un père ? un patron ? un délateur ? » Les prêtres vivent en effet une surcharge structurelle avec la diminution des vocations. Les mêmes prêtres catholiques viennent d’essuyer, injustement, depuis le rapport Sauvé, l’opprobre de l’accusation d’être des pédocriminels en puissance alors qu’elle concernait, au plus fort de cette crise il y a quarante ans, 3 % à 4 % des prêtres et moins de 1 % d’entre eux aujourd’hui. Les évêques, tétanisés, n’ont pas su défendre leur honneur. Depuis une dizaine d’années, ces hommes de terrain constatent une baisse des entrées dans les séminaires. Certains de ces établissements, comme à Lille ou à Bordeaux, ont dû fermer. La Conférence des évêques préfère ne pas donner les chiffres de la rentrée de septembre 2022 tant ils sont calamiteux. Le diocèse de Paris enregistrait seulement trois jeunes entrés en première année. L’Église connaît aussi des tensions liturgiques : un quart, au moins, des jeunes ordonnés au sacerdoce sont plutôt de sensibilité classique, voire traditionaliste. Les fidèles de la génération 1968, plutôt progressistes, ne le comprennent pas. Des diocèses connaissent également des difficultés avec leur évêque. Depuis vendredi dernier, une pétition circule dans le diocèse de Strasbourg pour demander le départ de l’archevêque, Mgr Luc Ravel. Il y a, enfin, l’abandon du sacerdoce. Effectué dans la discrétion il y a encore trois décennies, chaque départ de prêtre est aujourd’hui médiatisé. « C’est dur de voir un frère prêtre partir », reconnaît l’un d’eux. Même si, en réalité, le nombre de ceux qui quittent le sacerdoce en France est relativement stable : 15 en moyenne par an depuis le début des - années 2000, selon les chiffres officiels du Vatican, soit un pour mille. En France, le nombre de prêtres s’est réduit de moitié en vingt ans. Ils étaient 10 188 prêtres diocésains en 2020, pour 10 326 paroisses qui regroupent 45 000 églises. L’âge médian du prêtre est de 75 ans. Pour y voir clair, Le Figaro a sollicité douze prêtres. Douze apôtres. Douze pasteurs de moins de 50 ans, de tous lieux, ruraux et urbains. Ils disent être « très heureux » du choix de cette voie. Ils ne regrettent rien. Mais ils sont lucides. Au prix, pour certains, de parler sous anonymat strict. L’un d’eux nous raconte une anecdote terrible pour un homme de Dieu. Il exerce dans le sud de la France et totalise une dizaine d’années de sacerdoce. Prêtre diocésain, il n’a rien d’un ultra qui voudrait imposer sa foi. Lors du jeudi saint, fête du sacerdoce, il a reçu une « douche glacée ». Alors qu’il évoquait « la mort et de la résurrection du Christ », thème pascal s’il en est, dans un lycée catholique, il s’est vu reproché de ne pas avoir parlé des « valeurs du christianisme, de la solidarité ». Ce qu’il ne manque pourtant pas de faire à d’autres occasions. Il en déduit : « C’est à l’image de ce que vivent beaucoup de prêtres aujourd’hui. S’ils souffrent dans leur cœur de pasteur et dans leur vie, ce n’est pas pour leur ego, mais parce que la mission confiée par l’Église, celle d’annoncer clairement le Christ, n’est pas toujours partagée par l’Église elle-même ! » « La mission, l’annonce du Christ, nous avons donné notre vie pour elle. Nous savons que notre choix de vie est incompris. Mais le malaise des prêtres vient de ce que l’on ne sait plus comment annoncer l’Évangile, constate-t-il. Nos communautés paroissiales vieillissent. Lors des funérailles, les gens n’attendent qu’une prestation de “service”. La majorité 12/04/2023 14:39 about:blank about:blank 4/5 des couples que nous préparons au mariage n’ont pas la foi. En fait, les gens n’attendent pas ce que l’on souhaiterait leur donner… » D’où un risque de découragement : « Des prêtres ne voient plus le fruit de leur travail. Certains n’en peuvent plus. D’autant que les évêques nous laissent souvent seuls sur le terrain. Et, si nous sommes un peu incisifs, ils s’inquiètent. Ils préfèrent le consensus. » Un prêtre ose, lui, sortir de l’anonymat. Paul Benezit a 37 ans et totalisera bientôt une dizaine d’années d’ordination. Il confesse son tempérament « positif » qui cherche « toujours à voir le bon côté des choses ». Prêtre en zone rural, il a 28 clochers sous sa responsabilité et affirme : « Je suis tellement heureux dans mon ministère ! » Il évoque, pêle-mêle, le contexte récent de son diocèse : l’épreuve du suicide d’un prêtre de 38 ans, il y a cinq ans, qu’il remplace, le procès d’un prêtre qui va bientôt avoir lieu et, en janvier dernier, l’annonce tonitruante du départ du curé de la cathédrale, parti avec une femme. « Nous avons une grosse charge de travail, tout est dans la façon de la vivre. Le malaise vient du manque d’effectifs, estime-t-il. On place des prêtres sans expérience à des postes trop difficiles. Si l’on répond que l’on ne peut pas assumer le travail de deux prêtres, voire de trois prêtres, on nous regarde avec bienveillance, mais il faut y aller quand même. Si on ne fixe pas une limite pour se reposer, lire, faire du sport, s’intéresser à autre chose, on tombe vite dans un surinvestissement lié à la spiritualité du sacerdoce, qui est un don total de soi. On accepte une mission toujours plus lourde, impossible à réussir entièrement, et c’est le début des problèmes. On tire sur la corde et on peut dégringoler : fuite, abandon du ministère, suicide. » Ce nageur de bon niveau, passionné de forêts, interroge : « On connaît la courbe des âges des prêtres, le nombre de postes à pourvoir, le peu d’entrées au séminaire. Au lieu de naviguer à vue, de gérer le quotidien, il serait bon de se poser sur une table et de conduire nos ressources humaines sur dix ans. Mais cela, je ne l’ai pas encore vu. Quand allons-nous penser une autre organisation que ce maillage intenable du territoire ? » Confronté à la même problématique dans le Lot, en zone encore plus rurale, le père Florent Millet, recteur du sanctuaire de Rocamadour, a longtemps été vicaire général du diocèse, numéro deux de l’évêque : « Quand j’étais vicaire général, j’ai vu des prêtres actifs, toujours prêts à aller partout, d’autres plus casaniers, d’autres toujours disponibles, d’autres toujours submergés. Les tempéraments et les caractères jouent, mais j’ai observé qu’un curé qui aime ses paroissiens est un prêtre heureux. Cela paraît simple, mais cela se vérifie. En revanche, si je ressentais un malaise aujourd’hui, il viendrait de la question liturgique. Nous étions arrivés à une situation paisible avec les prêtres traditionalistes et tout se passait bien. On peut comprendre que Rome veille à ne pas voir des chapelles particulières, mais les nouvelles restrictions nous compliquent les choses. » Il y a peu encore, les prêtres ne critiquaient jamais le pape. Il apparaît dans ce tour d’horizon que plusieurs d’entre eux - requérant l’anonymat - ne tiennent plus cette réserve. À l’évocation d’un possible « malaise », les prêtres parlaient uniquement de « regards noirs », de « changements de trottoir » et d’« invectives désobligeantes » dans la rue. C’était il y a deux ans, au paroxysme de la crise de la pédophilie. Aujourd’hui, certains d’entre eux, qui ne sont pas des extrémistes, mettent en lumière « une immense perte de confiance dans le pape François ». « Beaucoup de prêtres de moins de 50 ans sont décontenancés parce qu’ils ont l’impression que François sème le trouble, la division et qu’il est toujours dans la dénonciation du cléricalisme, confie l’un d’entre eux. J’ai tout abandonné pour suivre le Christ, pas pour exercer un pouvoir ! Or, enseigner clairement l’Évangile serait devenu du cléricalisme ? Certains fidèles nous reprochent d’être vieux jeu quand nous enseignons ce que l’Église professe. Le pape, objectivement, ne représente plus un signe de communion. Il y a un trouble chez les prêtres parce que nous vivons une crise de confiance. » Un autre, dans le même registre, ajoute : « Quand nous regardons vers Rome, qui a toujours été un cap, un phare, une terre ferme, on nous dit : “On ne veut plus de prêtre comme vous.”Il faut se justifier de porter un col romain. Le pape nous donne l’impression qu’il ne nous comprend pas et qu’il ne nous aime pas. Nous restons fidèles, comblés par les joies de notre ministère, mais nous sommes désemparés et beaucoup de catholiques le sont avec nous. Si nous tenons c’est grâce aux jeunes, très motivés, qui montrent l’arrivée d’une nouvelle génération bien dans son temps et qui n’a pas honte de se dire catholique. Pas identitaires, ils attendent qu’on leur parle de la foi chrétienne. Ce sont eux l’avenir. »

Le Figaro - samedi 8 avril 2023
Mgr Ulrich : « Ma priorité est le suivi personnel des prêtres »
Jean-Marie Guénois

MONSEIGNEUR Laurent Ulrich, 71 ans, est archevêque de Paris depuis le 26 avril 2022. LE FIGARO. - Vous célébrez dimanche votre première fête de Pâques en tant qu’archevêque de Paris.


Quel bilan faites-vous de cette année à la tête du diocèse ?

Mgr Laurent ULRICH. - J’ai d’abord voulu aller à la rencontre de tous, fidèles, prêtres, Parisiens. Concrètement, je me suis rendu dans cent vingt lieux différents du diocèse. J’ai aussi voulu accueillir les prêtres chez moi lors de petits déjeuners, par groupe de dix, où la parole était libre, et participer à leurs réunions en doyennés : en cinq jours, 250 s’étaient inscrits pour l’une ou l’autre option, soit quasiment la moitié des prêtres ! Il y avait certainement, pour eux, le besoin d’être entendus. J’ai aussi compris que le regard neuf d’un évêque, qui n’était pas issu de Paris, était apprécié.

Quelle est votre priorité ?

La priorité des priorités est le suivi personnel des prêtres et leur accompagnement. C’est une urgence. Ils disent le bonheur qu’ils ont d’être prêtres et la joie de savoir qu’ils ont été choisis pour cela, mais ils expriment en même temps la difficulté de l’être dans la situation présente de la société française qui les connaît mal.

L’Église est-elle sortie de la crise des prêtres pédocriminels ?

La Conférence des évêques a pris des mesures très importantes et continue d’agir, mais un climat de douleur légitime domine à l’intérieur de nos communautés. Quand je rencontre des responsables de la société, du monde politique ou culturel, y compris ceux qui sont peu familiers de la vie de l’Église, ils me disent que nous avons plutôt bien réagi et ils mesurent l’ampleur de nos efforts. Mon espérance est que notre action portera des fruits, et qu’ils finiront par être visibles à l’intérieur de l’Église.

L’épiscopat a-t-il suffisamment soutenu ses prêtres ?

Beaucoup ont le sentiment de ne pas être suffisamment aidés. Je tente d’y répondre par ma disponibilité pour eux, comme dans mes fonctions précédentes, même si cela n’a pas toujours été perçu.

Quelle est votre position fondamentale sur la question traditionaliste ?

Il y a cinq lieux dans Paris qui permettent de célébrer la liturgie dans l’Ordo ancien. Ce n’est pas rien. Ils ont été maintenus et sont répartis pour être facilement rejoints. Ma conviction est que la particularité de l’Église latine repose sur son rite, il lui donne depuis toujours son unité. J’ai vu dans ma jeunesse, après le concile Vatican II, des situations qui justifiaient une opposition au nouveau rite, parce qu’il était maltraité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Globalement, la célébration de la liturgie est belle et digne. Elle correspond à ce que l’Église veut et demande. Certains ont besoin de garder cette liturgie et il faut la garder un certain temps pour eux. Mais je pense que le trésor de la liturgie s’accomplit et se développe selon ce que l’Église demande que nous célébrions. Beaucoup vivent très mal les restrictions liturgiques imposées par le pape… Benoît XVI s’est toujours appliqué à dire que le concile Vatican II n’était pas la rupture mais la continuité. C’est ce que je crois très profondément. J’ai rencontré les personnes dont vous parlez. Je les ai reçues et je les respecte ; c’est ce que j’ai montré aussi dans mes diocèses précédents. Je regrette beaucoup que l’on se divise sur ce point. Mais je crois que l’obéissance à l’Église est aussi une vertu. Comme je l’ai écrit dans ma première lettre pastorale, je leur redis : chacun de vous, je vous aime comme des enfants de Dieu et comme des fidèles du Christ.

Pourquoi les séminaires se vident-ils ?

De fait, ils se vident progressivement. La raison profonde est la défiance à l’égard de la foi de l’Église dans nos sociétés, mais aussi les événements récents qui ont troublé des jeunes, pour qui il est difficile de s’engager. J’espère que ce n’est qu’un effet de crise qui ne sera pas permanent. Nous voyons aussi, malheureusement, une baisse du nombre des mariages et du nombre d’enfants catéchisés. En même temps, ce qui me frappe avec les catéchumènes, ces adultes qui demandent le baptême - 414 ce samedi soir à Paris - c’est la liberté de Dieu. Non croyantes, des personnes font une expérience inattendue de Dieu, et viennent à la foi ! Combien me l’écrivent en demandant le baptême : « Cela m’est tombé dessus tout d’un coup, j’ai senti que j’étais envahi par une présence qui me dépassait. » Dieu appelle toujours, c’est son mystère. Il se rend présent à des gens qui ne s’y attendaient pas, notamment des jeunes. La voix discrète de Dieu ne s’impose pas, elle traverse le cœur intime des sociétés les plus déboussolées. Ce qui ouvre une voie pour l’Espérance dans notre monde : le Seigneur est vivant, il est ressuscité, il est notre Espérance de vie.

À l’occasion de son déplacement à Marseille, en septembre 2023, le pape fera-t-il un passage par Paris ?

Beaucoup voudraient le voir à Paris, mais ce sera Marseille. François ne donne pas la priorité aux grands pays et villes déjà visités par ses prédécesseurs.

Allez-vous célébrer la fête de Pâques 2024 dans la cathédrale Notre-Dame de Paris ?

Non. Je ne suis pas le constructeur, mais je suis bien informé de l’état des travaux. Le général Georgelin est clair : la réouverture est programmée pour la fin de l’année 2024. Notre objectif de reprise liturgique est plutôt Noël 2024.

Le dossier du mobilier liturgique de la cathédrale a suscité la polémique. Quelles décisions avez-vous prises ?

Cinq artistes sur soixante dossiers ont été sélectionnés pour présenter leurs projets à la fin du mois de mai. Au final, c’est moi qui choisirai, mais j’ai tenu à y associer l’établissement public, en charge de la reconstruction, et le ministère de la Culture, en plus du diocèse. Cette décision nous engage sur de longues décennies, elle ne doit pas sortir d’un chapeau comme une surprise.

Quel sera votre critère de choix ?

Je ne veux pas d’effet de mode, mais de l’esthétique. Il m’importe que ce qui sortira du cœur de l’artiste puisse rejoindre le cœur des gens, en respectant la cathédrale et son héritage, tout en servant la liturgie actuelle de l’Église catholique. La matière visible doit exprimer l’invisible et conduire à la relation avec Dieu. Le mobilier liturgique n’a pas d’autre sens. PROPOS RECUEILLIS PAR J.-M. G