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Le don, une obligation morale dans toutes les religions ? Florence Chatel, La Croix le 21.03.2023

Explication. Le partage avec les plus nécessiteux est recommandé, voire exigé, dans les trois grandes religions monothéistes. Elles invitent à considérer que ce que nous possédons sur terre ne nous appartient pas en propre.
Florence Chatel, le 21/03/2023 à 18:10
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Le don, une obligation morale dans toutes les religions ?
Distribution de repas, à Paris, pendant le mois de Ramadan. L’aumône fait partie des cinq piliers de l’islam, notamment pendant le Ramadan où des dons de nourriture doivent être effectués.

AIT ADJEDJOU KARIM/AVENIR PICTURES/ABACA
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► Le christianisme fait-il du don un devoir moral ou une question d’éthique ?
Chaque année, pendant le Carême, les chrétiens sont invités à se rapprocher de Dieu par la prière, le jeûne et le partage. Les notions d’efforts qui sous-tendent cette période de conversion peuvent faire oublier qu’un chrétien est d’abord appelé à recevoir son existence, la création, les autres êtres humains, la mort et la résurrection du Christ, comme des dons de Dieu.

« Le chrétien vit sa relation à la morale dans une dynamique filiale. Il reçoit sa vie du Père dans le Christ », commente le frère Jacques-Benoît Rauscher, dominicain qui enseigne la théologie morale sociale à l’Université catholique de Lyon. De cette relation authentique avec Dieu découle un rapport aux biens matériels renouvelé dont témoignèrent les premiers chrétiens qui « avaient tout en commun ».

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Sans copier leur manière de vivre, les chrétiens peuvent aujourd’hui s’appuyer sur un principe de la doctrine sociale de l’Église : la destination universelle des biens. « Elle consiste à dire que l’homme est le gestionnaire, non le propriétaire, des biens de ce monde. Ainsi, quand on fait l’aumône à un pauvre, on ne lui donne pas de ses biens personnels, mais on rétablit de la justice là où il y avait de l’injustice, on rétablit l’ordre du monde tel que Dieu l’aurait voulu », expose le dominicain.

« Tout est lié », ne cesse de répéter le pape François depuis son encyclique Laudato si’. Plus que d’une question morale, il s’agit pour les chrétiens de cohérence de vie. « Donner, c’est prendre le risque de la relation », note la xavière Geneviève Comeau, qui propose d’interroger la posture avec laquelle on donne. Est-elle une posture de surplomb qui transforme les autres en assistés ? Ou bien cherche-t-on à établir un partenariat ? Dans la perspective chrétienne, donner implique que celui qui reçoit ait la possibilité de donner à son tour, comme il le souhaite.

► Comment le judaïsme aborde-t-il la question du don ?
Pour comprendre comment le judaïsme aborde la question de la tsedaka, c’est-à-dire de la justice, il faut remonter au temps biblique, et notamment au livre du Deutéronome, qui édicte toute une organisation autour du service du temple et de la manière d’utiliser le calendrier. « Se trouve-t-il chez toi un malheureux parmi tes frères, dans l’une des villes de ton pays que le Seigneur ton Dieu te donne ? Tu n’endurciras pas ton cœur, tu ne fermeras pas la main à ton frère malheureux, mais tu lui ouvriras tout grand la main et lui prêteras largement de quoi suffire à ses besoins », trouve-t-on au chapitre 15.

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L’année de shmita est une année sabbatique qui a lieu tous les sept ans. Elle marque un temps de jachère, durant lequel on doit laisser reposer la terre et remettre les dettes de ceux qui ont contracté un prêt.

Le reste du temps, de la troisième à la sixième année, « on doit mettre de côté le maasser, c’est-à-dire la dîme, un dixième des récoltes, notamment pour les prêtres. N’ayant pas de territoire, ils n’ont pas la possibilité de vivre de l’agriculture et dépendent de la générosité du reste du groupe », explique le rabbin Jonas Jacquelin de l’association Judaïsme en mouvement. De même, celui qui possède des cultures doit toujours laisser une partie de ses récoltes dans un coin du champ, pour que l’orphelin, la veuve ou le nécessiteux puissent les récupérer sans avoir à le demander.

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« Aujourd’hui, dans les conceptions juives de la répartition des richesses, demeure l’idée que de la même manière que l’on devait laisser le maasser, on doit consacrer 10 % de ses revenus à des œuvres de tsedaka », commente Jonas Jacquelin. À ses yeux, un principe théologique plus large fonde cette pratique : « Nous sommes tous de passage sur cette terre qui appartient à Dieu. Nous ne pouvons donc pas nous accaparer des richesses excessives. »

Il y a dans l’idée de tsedaka celle d’un rééquilibrage des inégalités. « Au départ, c’est un principe, souligne le rabbin. À partir du moment où l’on a des revenus réguliers qui nous permettent de vivre de manière convenable, c’est une obligation religieuse et morale que de donner. »

► Comment s’exerce le don en islam ?
L’aumône est une exigence de l’islam, affirme sans hésiter Kalilou Sylla, imam de la Grande mosquée de Strasbourg. La zakât, l’aumône légale, est même un des cinq piliers de l’islam, avec la profession de foi, les cinq prières quotidiennes, le jeûne de Ramadan et le pèlerinage à La Mecque.

Elle se répartit en deux catégories. La zakât elle-même se fait une fois dans l’année sur l’ensemble du capital : un musulman doit donner 2,5 % de ses revenus à partir du moment où il a atteint pendant une année lunaire le seuil minimum imposable. La zakât al-Fitr est l’aumône de la fin du mois de Ramadan. Elle était autrefois acquittée avec la denrée alimentaire la plus répandue dans la région où l’on vivait, soit le blé en France et en Europe. Mais aujourd’hui, la plupart des musulmans distribuent ces dons en argent. Ils sont « une obligation dans la religion musulmane ». Ne pas s’en acquitter est « un péché », précise Kalilou Sylla.

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Toutes ces pratiques sont codifiées. La zakât peut être ainsi donnée à une personne actuellement dans le besoin, mais aussi à une personne qui, bien qu’elle ait de quoi se nourrir aujourd’hui, ne peut pas se projeter dans plusieurs mois, ou encore à une personne en voyage.

« Des paroles du Prophète indiquent également qu’il faut commencer par ceux qui sont les plus proches de nous. Nous allons donc d’abord regarder s’il y a des personnes nécessiteuses dans notre propre maison. Si nous n’en trouvons pas, nous allons élargir le cercle à notre famille lointaine, puis à nos voisins… », explique l’imam, qui insiste par ailleurs sur la portée spirituelle de ces dons.

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Derrière l’obligation réside l’idée que « mon argent ne m’appartient pas véritablement. Il est l’argent de Dieu qui me demande d’en donner une partie aux personnes dans le besoin. Dans la religion musulmane, nous avons le concept du bel agir, al Ihsan. Lorsqu’un musulman fait un don, il lui est demandé de donner ce qu’il a de meilleur et de la meilleure manière possible ».

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Et dans le bouddhisme ?
Plus que de don, le bouddhisme préfère parler de générosité. La générosité ordinaire désigne ainsi les dons de nourriture, de vêtements, d’argent à ceux qui sont dans le besoin et à des associations humanitaires. Une deuxième forme de générosité consiste à prolonger ou à sauver la vie des êtres humains, mais aussi des animaux et des insectes. Elle peut s’exprimer par le don de médicaments à des personnes qui ne peuvent pas s’en procurer et peut aller jusqu’à acheter des animaux destinés à l’abattoir pour les mettre dans des conditions où ils pourront vivre jusqu’à leur mort naturelle.

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Enfin, l’enseignement spirituel est la troisième forme de générosité. C’est le plus grand des dons. À la différence des autres, qui « règlent des souffrances contingentes et immédiates, mais pas le fond du problème de la souffrance, le don d’un enseignement spirituel peut amener la personne, si elle pratique cet enseignement, à régler fondamentalement cette question », souligne Lama Jigmé Thrinlé, coprésident de l’Union bouddhiste de France.

Loin d’être une obligation morale, le don et la générosité relèvent davantage « d’une pratique fondamentale » à partir du moment où une personne s’engage sur la voie qui conduit à l’Éveil, cette expérience spirituelle faite par le bouddha. « Idéalement, on devrait faire un don en ayant la compréhension, au moins intellectuelle, si ce n’est profonde et expérimentale, que celui qui donne, l’acte de donner et le récipiendaire du don, n’ont pas d’existence propre. Si on a cette conscience, le don devient un don sublime et transcendant même si c’est un grain de riz », poursuit le moine bouddhiste.