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« L’Église de France est divisée en différents blocs qui ne se parlent pas beaucoup et se fréquentent peu » . Pierre Amar, La Croix le 24.01.2023

tribune
Abbé Pierre Amar
Prêtre diocésain
Alors que la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens s’achève, le père Pierre Amar, prêtre dans les Yvelines, alerte sur les divisions entre les catholiques eux-mêmes. Il considère que l’œcuménisme devrait commencer là, dans le dialogue entre ces « blocs » qui échangent si peu.

Pierre Amar, le 24/01/2023 à 17:42
Lecture en 3 min.
« L’Église de France est divisée en différents blocs qui ne se parlent pas beaucoup et se fréquentent peu »
Soirée d'ouverture du Congrès Mission, le 25 septembre 2020 dans l’église Saint-Sulpice, à Paris.
CORINNE SIMON/CIRIC
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C’est une belle habitude : chaque année, vers la fin du mois de janvier, les chrétiens sont invités à s’unir lors de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens et à se remémorer la prière de Jésus à ses disciples pour « que tous soient un afin que le monde croie » (Jean 17, 21). Mais peut-être pourrait-on commencer par le début, c’est-à-dire par l’unité… entre catholiques ? Car il y a un spectacle plus désolant encore : celui des divisions entre frères de l’Église catholique romaine. C’est notoirement le cas aux États-Unis, où la polarisation politique s’importe dans les assemblées.

(À lire aussi, Œcuménisme : « Il reste encore à faire pour l’unité des chrétiens »)
Mais c’est également le cas en Europe, où les clivages se sont accentués ces dernières décennies. En Belgique ou en Suisse, par exemple, il n’est pas rare d’entendre des propos de clercs ou de laïcs qui s’éloignent de la doctrine catholique telle qu’elle figure dans le texte (officiel) du Catéchisme de l’Église catholique, sans parler d’expérimentations liturgiques à la limite du supportable. Le pape François lui-même s’en alarme à propos de nos frères d’outre-Rhin : « Il y a déjà une bonne église évangélique (protestante) en Allemagne, inutile d’en créer une deuxième ! », disait-il l’été dernier.

Plusieurs blocs
Chez nous, on ne fait pas tellement mieux et des remontées du Synode sur la synodalité le montrent bien : l’Église de France est divisée en différents blocs qui ne se parlent pas beaucoup et se fréquentent assez peu. Oui, notre Église de France est profondément divisée, et depuis longtemps. En maints sujets, nos évêques ont du mal à parler d’une seule voix, tandis que les prêtres diffèrent non seulement par leur style mais aussi dans leur enseignement et la manière de célébrer, sans parler des laïcs. On a appris à vivre avec ce contexte et à parsemer nos conversations de nombreux silences. Ces désunions visibles insécurisent les fidèles, un peu comme des enfants sont perturbés par les disputes de leurs parents.

(À lire aussi, La parole de Dieu, ferment d’unité)
Peu d’homélies osent encore parler clairement de certaines notions chrétiennes comme le péché, le sacrifice, la vie après la mort, la récompense ou le châtiment, la mort et le jugement, le paradis et l’enfer. On ne compte plus, chez les catholiques pratiquants – y compris des prêtres et des évêques – ceux qui assument avoir des divergences d’opinions sur l’avortement, la contraception, l’ordination des femmes au sacerdoce et l’activité homosexuelle, le divorce ou le remariage. Certains estiment même qu’aucune position définitive ne peut être établie ou proposée sur ces questions. Finalement, on sent une grande divergence entre l’enseignement fidèle de la doctrine et une certaine approche pastorale plus conforme à l’air du temps. Cela interroge sur notre relation au monde et la difficulté à vivre l’exigence de l’Évangile.

Confusion et division
On a l’impression que la confusion et la division règnent à tous les étages et pourtant, il y a comme un déni de cette division, une sorte d’omerta, de tabou de famille : on n’en parle pas, ou seulement dans des cercles choisis.

(À lire aussi« Les fractures politiques recoupent les divisions du monde catholique »)

Comment faire ? Ne pourrait-on pas admettre que ces divisions sont anachroniques et énergivores ? Qu’elles nous font perdre du temps pour la seule chose qui compte, l’évangélisation, alors que les catholiques pratiquants représentent à peine 2 % de la population ? Et si chacun acceptait que d’autres sensibilités aient leur pleine légitimité et qu’elles fassent du bien, à leur manière ? Qu’il y ait de la place pour le Studium des Bernardins et celui de la Catho de Paris ? Pour les jésuites et les dominicains, la communauté Saint-Martin et le Chemin-Neuf, le pèlerinage de Pentecôte à Chartres et les Semaines sociales ? Qu’un abonné de La Croix se réjouisse que France catholique existe (et inversement) ?

(À lire aussi, Guerre liturgique : « Plutôt que de s’accuser mutuellement de présupposés idéologiques, si nous nous écoutions ? »)

Qu’un prêtre puisse porter une soutane ou pas, célébrer la liturgie dans un sens ou dans un autre, avec l’ancien ou le nouveau Missel ? Et si l’on acceptait vraiment de créer des lieux de réflexion, de dialogue et d’échange (et pas seulement sur KTO) ? Et si l’on acceptait aussi de partager les lieux de responsabilité et de décision, un peu à la manière de nos frères protestants qui ont réussi à faire travailler dans les mêmes instances réformés et évangéliques ?

Place aux laïcs
Il n’y a pas seulement besoin d’institutions pour lancer ce mouvement. Il peut partir de la base, avec des laïcs, notamment les jeunes qui n’ont pas l’esprit de chapelles. Il y a quelques années, un hebdomadaire catholique organisait avec succès les états généraux du christianisme. Dans le même esprit, le Congrès Mission et son pouvoir agrégateur des différents dynamismes de l’Église de France est un bon modèle. Évidemment toutes ces initiatives ont sans cesse besoin de se remettre à jour pour rester des aiguillons influents.

Mais finalement, la question est simple : et si on arrêtait de parler du vivre-ensemble, qui reste souvent un vœu pieux, pour se mettre au « faire-ensemble » ?